Puis ce fut l’arrivée à Puerto
Saavedra, après une dizaine de kilomètres super-faciles dans la vallée du rio Cautin,
ne pas confondre avec Cottin, cautin signifie en mapudungun abondance d’eau,
alors que cottin n’est autre que la partie génitale de la femme.
Dans un ciber, j’ai rencontré un
garçon sympathique, professeur de gym, mais surtout cycliste passionné. L’année
dernière, il a fait le même parcours que j’ai effectué il y a deux ans en
Patagonie chilienne. Nous avons passé pas mal de temps à raconter notre superbe
aventure patagone qu’il souhaite refaire maintenant seul à vélo. « Reste
une journée de plus », me proposa-t-il, « et je t’accompagne jusqu’à
Valdivia ». Mais je souhaitais absolument partir le jour même. J’ai
rencontré aussi un Espagnol qui a passé un an, en toile de tente, à parcourir
le pays mapuche pour étudier l’alimentation des Mapuches qui, d’après lui, leur
permet de vivre plus sainement et plus longtemps que les Européens. Il est vrai
que les plus anciens m’ont étonné pour leur état de forme, surtout les femmes,
moins attirées par l’alcool que les hommes. Ici, la chicha de manzana, le cidre
chilien, coule à flot, à toute heure. A Tirua, je me suis aperçu que
l’alcoolisme était bien présent par le nombre impressionnant de cafés. Il est
vrai que depuis le tremblement de terre les gens paraissent désœuvrés, la
plupart d’entre eux ayant perdu leur travail. Depuis, cet Espagnol a choisi de
rester au Chili où il continue à étudier, à écrire sur les produits mapuches.
A Puerto Saavedra, peu de dégâts,
un peu dans le port, mais trois personnes ont perdu la vie, écrasées par la
chute d’un réservoir d’eau.
Pour quitter la ville vers le sud,
rien à voir avec le nord. Là, les grandes difficultés commencent, que ce soit à
cause des montées et des descentes abruptes ou à l’état de la piste.
J’ai connu là le parcours le plus
difficile que le chili m’a donné l’occasion de connaître.
8 km/heure de moyenne ! Sans
compter les chutes dans les descentes ! Heureusement, aucun bobo sérieux.
Mais là aussi, les paysages sont
magnifiques. On longe le lac Budi, le seul lac salé d’Amérique. Un lac composé
de pleine de petits bras séparés par de hautes collines.
Ses eaux ne sont pas salées comme
l’océan, juste un peu.
Comme dans toute la région, les
communautés mapuches sont légion. Quelques rukas, habitations traditionnelles
faites avec de la paille côtoyaient leurs humbles maisons.
Un homme arrêta son auto pour me
demander si je voulais profiter de son véhicule pour avancer un peu. La nuit
approchait. Il me demanda aussi où j’allais dormir. Je lui confiais qu’on
m’avait donné un nom, à Puerto Saavedra, d’une femme mapuche, Norma, qui
pourrait certainement m’héberger.
Voyant le doute dans son regard, et
aussi son invitation, si je ne trouvais rien, à dormir chez lui, j’acceptai de
monter. La señora Norma confirma ses doutes, elle ne faisait pas hospedaje et
se montra surtout très méfiante.
Une autre personne arriva et me dit
qu’il était disposé à me donner une chambre.
Il m’emmena chez lui, sa femme
préparait à manger dans la ruka. Un repas typiquement mapuche m’attendait. J’ai
passé finalement cinq jours avec cette famille qui m’a fait visiter le coin et
connaître beaucoup de gens, pour la plupart de la famille. La ruka servait de
cuisine, un simple feu flambait au milieu de celle-ci, à même la terre. Autour,
quelques chaises et une toute petite table.
Ils ne se servaient de leur maison
que pour dormir. A l’intérieur, pas d’eau courante ni de toilettes. Il y a peu,
ils puisaient encore l’eau manuellement au puits. Maintenant, un seul robinet
permettait de se fournir en eau dans le jardin. Les toilettes étaient dans le
champ d’à-côté. Ma chambre faisait à peine 5 m2.
Les cochons, poules, pintades,
canards et chiens, peu craintifs mais jamais envahissants partageaient ce décor
rural.
Près de chez eux se trouvaient
d’autres maisons, toutes de la famille. Si les jeunes se parlaient en espagnol,
les anciens se parlaient, eux, en mapudungun. J’ai eu du mal à quitter cette
ambiance sympathique où tous me témoignaient de la sympathie, de la
gentillesse.
J’ai pu profiter d’une sortie
familiale, assister en leur compagnie à un tournoi de football. Les aventures
n’ont pas manqué : une traversée en barque pour faire des courses dans des
eaux très agitées avec la barque qui prenait l’eau et deux rameurs ivres, un
miracle si nous n’avons pas coulé.
Une promenade aussi sur de hautes
falaises brisées par le séisme, à plus de cent mètres d’altitude sur un sentier
passant à moins d’un mètre du bord, fracturé, prêt à s’écrouler. Tout cela pour
voir un îlot, une pierre émergeant de la mer recouverte d’oiseaux. Un rocher
sacré pour les Indiens mapuches, la Piedra
Alta (la pierre haute). J’ai passé de superbes moments avec
eux, le seul inconvénient a été les nombreuses piqûres de puces qui ont
recouvert pratiquement tout mon corps. Mais ce séjour m’a apporté beaucoup de
bonheur. La femme, une winca fut fort sympathique, les enfants aussi. Je me
souviendrai longtemps des longues conversations qu’on a eu ensemble en buvant
du maté dans la ruka. Des démonstrations du palin, leur sport national, une
sorte de hockey en plus archaïque, mais très technique, les chants mapuches,
toujours avec une excellente convivialité.